Mon utérus est un monstre, mais je l’aime quand même

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C’est en postant un tweet totalement innocent que je me suis retrouvée une fois de plus face à un constat un peu tristounet : maintenant, quand on parle de son utérus comme d’un monstre, ou de ses règles comme d’une atrocité, on peut se faire taxer d’anti-féministe. C’est ce qu’on m’a reproché, quand j’ai posté ce GIF – de ne pas plaider en la faveur du féminisme avec ce genre de réflexions.

Si d’un côté je comprends totalement qu’on se batte pour arrêter d’associer systématiquement les règles à un mauvais caractère et à un comportement caricatural (comme l’a fait cette fameuse pub, par exemple), il ne faudrait pas non plus tomber dans l’extrême inverse et nier totalement les désagréments qui viennent avec. Ce qu’il est important de rappeler, c’est 1) que les règles sont différentes pour tout le monde et que personne ne les vit de la même manière (d’autant que ça peut changer plusieurs fois au cours d’une vie) et 2) les émotions des femmes sont valides, qu’elles aient leurs règles ou non, et l’argument « t’as tes règles ou quoi ?! » qu’on sort quand une femme se permet d’ouvrir sa gueule mérite d’être jeté au feu une bonne fois pour toutes.

Ça, pour moi, c’est acquis. C’est d’ailleurs ce que j’essaye de véhiculer ici – et j’espère que ça se voit, sinon c’est que j’ai vraiment merdé quelque part dans ma démarche.

Ceci étant dit, ça ne m’empêchera jamais de considérer mon utérus comme un petit monstre destructeur et semeur de chaos – mais ce qui a changé, depuis mes premières règles, c’est qu’aujourd’hui je l’aime comme il est. J’aime imaginer qu’il passe de Mogwai à Gremlin une fois par mois, qu’il cesse d’être le petit organe ronronnant qu’il est le reste du temps pour devenir cette créature assoiffée de sang qui n’est régie que par l’envie de tout détruire sur son passage. J’aime imaginer que chaque Kinder Country que j’avale est une offrande que je lui fais dans le but de l’apaiser – même si ça ne fonctionne pas tellement. C’est un peu comme quand je regardais Il était une fois la vie et que j’imaginais avoir, moi aussi, toute une civilisation dans mon corps. Ça me rassure, ça rend la chose moins abstraite, plus drôle, plus légère, et parfois il m’arrive même de parler à mon utérus pour tenter de lui faire entendre raison (et là encore, ça marche pas trop trop).

C’est ma façon de vivre mes règles. Non, mieux encore : c’est une des façons dont je vis mes règles. Parce que rien n’est immuable, que je suis humaine et en constante évolution, que des milliards de paramètres viennent se mêler à tout ça et que je ne suis pas une putain de machine. Et à chaque fois que je poste des tweets dans ce genre, vous êtes nombreux-ses à faver, retweeter, et à vous reconnaître dans mes propos – parce que, globalement, les règles ne sont jamais totalement une partie de plaisir, même si on apprend à les aimer. En parler me fait du bien, en rire me libère, chouiner, me plaindre, pleurnicher, taper des poings et des pieds quand j’ai mal, tout ça, ça m’allège. Parce que briser le tabou, ça passe aussi par là pour certaines personnes.

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Et mon utérus me fait quand même sacrément chier, mine de rien. D’abord parce que j’ai extrêmement mal pendant mes règles, mais aussi parce que j’ai récemment eu de gros problèmes de santé qui ont nécessité une petite opération – on m’a retiré une lésion précancéreuse sur le col de l’utérus, et laissez-moi vous dire que c’était pas la meilleure expérience de ma vie. Donc oui, j’aime mon utérus, j’en prends soin, mais il ne me le rend pas toujours, et c’est pour ça que j’ai parfois besoin de le caricaturer, de le diaboliser un peu et d’en faire une petite créature grotesque pour mettre un peu d’humour dans tout ça. Parce que sans humour, j’aurais vachement plus de mal à l’accepter.

Ce sont ces blagues qui me permettent de dédramatiser mes règles, mes douleurs, le tabou, les non-dits, et tout ce qui entoure mon utérus. Ce sont ces blagues qui me permettent d’échanger, de communiquer, d’en apprendre un peu plus sur les règles des un-e-s et des autres, de me sentir moins seule, de comparer. Ce sont ces blagues qui me permettent de rappeler que les règles ne sont pas un sujet qui doit être systématiquement tu, et qu’on peut en rire – que c’est même recommandé.

Alors oui, je continue à surfer sur le cliché de la meuf qui a super mal pendant ses règles, qui est de mauvaise humeur et qui bouffe comme une ogresse, mais vous savez pourquoi ? Parce que je suis cette personne. C’est comme ça que je vis mes règles. C’est comme ça que beaucoup d’entre vous les vivent aussi – pas tous-tes, bien évidemment, et c’est pour ça que je m’efforce de donner la parole à tout le monde ici. Si certain-e-s en profitent pour généraliser et utiliser ces clichés contre nous, je n’y suis pour rien – ce n’est pas parce que je corresponds à un cliché que je prétends représenter la moitié de la population terrestre pour autant.

Mon utérus est un monstre, oui, mais c’est mon petit monstre à moi. Un monstre que j’aime et dont je n’ai pas envie de me passer. Un monstre qui me donne des excuses pour prendre soin de moi, pour m’écouter attentivement et me faire le plus de bien possible. Un monstre qui me rappelle que ma machine fonctionne, qu’elle est vivante et qu’elle a besoin d’attention, de soins, de vigilance. Un monstre qui réclame du gras, un lit douillet et un pyjama moche pendant mes règles – et à qui je suis souvent ravie d’obéir, parce que, quelque part, ça m’arrange aussi.

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4 réflexions sur “Mon utérus est un monstre, mais je l’aime quand même

  1. Je trouve que tu n’aurais même presque pas à te justifier sur la façon dont tu vois ton utérus. C’est fatiguant de devoir surveiller toutes ces paroles pour ne pas être trop-ci ou trop-ça. Ton blog m’a aidée à changer complètement ma vision des règles et si j’en parle librement aujourd’hui c’est en grande partie grâce à lui !
    Et j’adore l’image mogwai/gremlins, qui me paraît tout à fait appropriée ! 😉

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  2. Personne ne voit le paradoxe à dire à une femme de fermer sa gueule parce que ce qu’elle dit ne serait pas assez féministe ?

    Il y a des femmes qui sont ultra à l’aise avec le sang menstruel, leur cycle, leur corps, tout se passe bien pour elles, et tant mieux. Personnellement je n’ai pas à me plaindre : je n’ai que très très rarement mal, en général au pire la douleur ne dure qu’un seul jour. Elles sont extrêmement abondantes, mais je n’ai pas de sautes d’humeur, de maux de tête etc. Donc dans l’ensemble ça va. N’empêche que je déteste mes règles, parce que pisser du sang pendant 7 jours c’est désagréable, je ne supporte pas l’odeur, et en plus c’est le symbole d’une fertilité qui me terrifie. Pourtant je suis la première à dire qu’il faut les dédramatiser. Les sortir du tabou où elles sont enfermées. Mais les dédiaboliser, certainement pas ! 😛 C’est pas un droit inaliénable que de râler contre son propre corps quand il fait des trucs bizarres et/ou désagréables ?

    Du coup pour aller dans votre sens, mon utérus à moi n’est pas un gremlin mais un troll. Tout le temps. Un troll des cavernes, évidemment.

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  3. Juste merci pour ton blog. Il est intéressant et rafraîchissant. Tu pourrais l’ajouter à la liste de trucs pour diminuer les crampes, car c’est une distraction parfaite.
    Merci de m’aider à apaiser mon gremelin!

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