Comment je me suis réconciliée avec mes règles

Pour avoir ouvert un blog sur les menstrues, il faut forcément avoir une relation assez cool avec les siennes – du coup, je vous explique pourquoi j’aime mes règles.

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(Source : Geniriot)

Après de nombreuses années de haine, je commence enfin à aimer mes règles.

La création de ce blog n’y est pas pour rien – le fait d’en parler aussi librement, d’échanger sur le sujet, de célébrer cette partie de ma vie qui a toujours été un calvaire et une isolation, n’a fait que précipiter la chose.

Avant de prendre la pilule, j’avais des règles atrocement douloureuses – j’en chialais chaque mois, je me retrouvais recroquevillée par terre à hurler dans un oreiller, et j’ai même rampé jusque chez ma voisine un jour pour la supplier d’aller m’acheter des anti-douleurs tellement j’étais incapable d’y aller moi-même. En plus de ça, elles étaient très abondantes, longues et irrégulières. La totale, en somme.

Je ne vois pas la pilule comme un miracle tombé du ciel – si elle a rendu mes règles mille fois plus tolérables (même si je douille encore salement les deux premiers jours), elle a d’autres inconvénients qui me donnent envie de me tourner vers une autre forme de contraception, mais l’idée de devoir choisir entre hormones et règles douloureuses me déprime un peu. Je dois choisir entre la peste et le choléra, parce qu’il n’existe pas de vraie bonne solution pour ne pas tomber enceinte et ne pas crever de douleur tous les 28 jours.

Mais c’est un autre débat.

Depuis que j’ai lancé Passion Menstrues, je me surprends à avoir envie d’avoir mes règles dès que je commence à traiter du sujet, lire des témoignages ou regarder des photos (comme la fameuse séance d’Emma Arvida Bystrom ou celle de Rupi Kaur, dont je ne me lasserai jamais et que je regarde plusieurs fois par semaine tellement je les aime). Quand je vois certaines mises en scène, mes règles me manquent.

Il y a des jours où j’ai envie d’être sous la couette, assaillie de crampes avec ma bouillotte sur le bide et mon poids en Prontalgine dans le sang.

Une des raisons qui explique cette réaction peu commune, c’est l’excuse présentée par mes règles pour ne rien branler. Depuis que je prends ma pilule, j’ai mes règles le samedi – selon l’heure à laquelle je me réveille. Dès que j’ouvre les yeux, mon corps capte le message et m’envoie la première salve. Viennent ensuite les crampes et tous les désagréments qui vont avec – mais comme c’est le week-end, à moins d’avoir un impératif de sortie le soir, ça passe.

C’est une excuse toute trouvée pour passer au moins un week-end par mois à ne rien foutre au pieu devant des milliards de séries, à faire des siestes et boire des litres de thé en laissant les corvées s’empiler sans culpabiliser.

Je suis une flemmarde née, mais une flemmarde avec une conscience. Du coup, quand je procrastine et que je glande alors que je devrais faire autre chose, je culpabilise et je gâche mes moments de détente volés. Là, j’ai le droit. Ceux qui me connaissent savent à quel point je souffre les premiers jours et m’encouragent à rester au lit, à me reposer, à le nourrir de trucs qui me font kiffer et à rester 48 heures sous ma couette devant la télé. Dans ces moments là, je sais que j’ai le droit de tout lâcher, de tout mettre de côté, de décompresser sans avoir de poids sur la conscience – et du coup, même dans la douleur, je kiffe.

Sans compter qu’entre les douleurs intenses et les cachetons, je finis toujours un peu engourdie, entre anesthésie et douleur sourde, et j’ai fini par apprécier cet état qui me force à me détendre, à déconnecter. Je suis incapable de cogiter quand mon corps gère une guerre civile entre les anti-douleurs et la destruction de mon intérieur. Et je sais pas, les premiers jours, quand je suis en phase d’expulsion totale et décomplexée, j’ai l’impression d’être en pleine purge et de faire de gros travaux de rénovation, c’est presque apaisant.

Et évidemment, depuis que je réfléchis sérieusement au sujet d’un point de vue pro-socio-culturel et compagnie, je vois les règles différemment. Je vois à quel point elles peuvent être vécues de mille manières différentes, selon la façon dont on a été éduqué, sa religion, son milieu social, le pays dans lequel on est né-e… Et je constate qu’avant de commencer à en parler publiquement, je m’étais toujours sentie très « seule » dans mes règles.

Je sais, c’est chelou dit comme ça et on se demande bien ce que ça peut foutre, puisqu’après tout c’est très personnel – mais dans le cas des menstruations, il y a toujours eu quelque chose de tellement secret, de tellement sale et parfois honteux à mes yeux que ça représente une petite révolution pour moi (alors que je n’ai pas du tout été élevée dans cet environnement, mes deux parents ont toujours été parfaitement ouverts et il n’y a jamais eu de tabous entre nous).

Je me souviens avoir abordé le sujet à de nombreuses reprises avec des copines, avoir parlé douleurs et premiers tampons, avoir dit « Ah putain fait chier j’ai mes règles » et avoir discuté sexe et menstruations, mais je sais pas, j’avais besoin de plus. Je voulais en parler autrement que comme d’un truc chiant qu’on survole de temps en temps, je voulais entrer dans le vif du sujet, savoir vraiment comment ça se passe dans la tête, le corps, les familles, les cultures des autres. Savoir quel rapport il y a entre la façon dont on voit ses règles et celles dont on voit son corps.

J’ai fini par tomber dans le vortex des menstruations, lisant tout ce que je pouvais sur le sujet, m’émerveillant devant des oeuvres que j’aurais trouvées absolument dégueulasses il y a à peine quelques années. Si on m’avait dit que j’ouvrirais un blog sur les règles il y a cinq ans, j’aurais ri. Fort. Puis j’aurais fait la grimace. Pour moi c’était un truc de hippie new age alternative qui vit dans une maison 100% écolo et qui mange son placenta (tu les sens les gros clichés ?).

Aujourd’hui, si on me proposait une solution miracle pour interrompre mes règles jusqu’à ce que je décide de procréer, je pense que je dirais non. C’est pas comme si je faisais une petite danse tous les mois pour célébrer leur arrivée non plus, mais j’y ai trouvé quelque chose de réconfortant, de puissant, de valorisant même. Quand on voit les pouvoirs incroyables qu’on a prêtés au sang menstruel à travers les âges, à quel point les règles ont pu faire peur au point de vouloir éloigner et enfermer les personnes menstruées pour s’en protéger, je me dis qu’il y a quelque chose de vraiment balèze à exploiter.

Sans prétendre qu’on peut tous-tes puiser notre force et notre inspiration dans nos règles, je peux au moins vous dire que moi ça m’a pas fait de mal.

Ce qui ne m’empêchera pas pour autant de gueuler contre mon utérus chaque mois parce que putain ça bute quand même, merde.

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15 réflexions sur “Comment je me suis réconciliée avec mes règles

  1. Ben moi j’ai dû arrêter la pilule à cause de mon cancer du sein. Depuis le début de mes traitements, je les ai eu 2 fois mais avant, je l’avais arrêté plusieurs semaines et je dois dire que je n’avais plus mal. Peut-être faut-il tester ? (enfin, je dis ça mais je l’ai arrêté pendant un an et je ne les ai pas eu pendant un an, quand elles sont revenues, c’était le déluge, à devoir me « changer » toutes les heures… )
    Moi aussi j’avais des règles très douloureuses à ramper à terre quand je ne prenais pas la pilule mais là, je vais devoir trouver un autre moyen, car la pilule m’est interdit à vie… Quelle merde d’avoir pogné un cancer à 30 ans…
    Avoir ses règles c’est un soulagement, car on se sent femme. Je dois t’avouer qu’il me tarde de les ré-avoir car c’est bizarre à dire mais elles me manquent ^^

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  2. Bin, moi on m’a proposé le truc qui arrête les règles jusqu’a ce que j’ai envie de procréer (ou jusqu’a la ménopause ds mon cas, ne souhaitant pas me reproduire), a savoir la Cerazette qui passe en aménorrhée 50% de ses utilisatrices j’ai dit oui direct XD.

    Je n’ai plus de règles depuis bientôt 3 ans et je me rends compte a quel point c’est une libération. Plus de douleur, donc plus de cachetons, donc plus d’estomac défoncé car j’abusais des AINS. Plus de serviettes a trimballer dans son sac/ses poches/whatever. Plus besoin de calculer si je vais être emmerdée au Hellfest ou pas …. J’avoue qu’elles ne me manquent absolument pas ! Parfois je me rapelle de ces années à avoir mes règles j’ai l’impression que c’est genre une autre vie et je comprends pas comment j’ai pu tolérer ça si longtemps.

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    • Je fais partie de l’autre moitié chez qui la cerazette donne l’effet inverse : règles 1 semaine sur 2… j’ai tenu 4 mois! Complètement vidée…
      Du coup je suis passée au cuivre et mon corps se purge des années de pilule.
      Par contre c’est marrant moi je n’ai pas de douleurs de règles mais je suis pliée en deux le jour de mon ovulation…

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  3. Oh bordel! Enfin quelqu’un comme moi! Mes règles sont comme les tiennes Jack,sauf que je suis née dans un univers de mecs,du coup on me traite de chochotte quand je me plains ne fût-ce qu’un touuut petit peu :/ aurais tu une solution pour ce genre de plaies? Bisous ❤

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  4. Je me reconnais quasiment dant ton témoignage, Jack. A la différence que depuis le 1er jour de mes règles, elles ont toujours été régulières et peu abondantes. Une vraie horloge corporelle qui sonne au bon moment. Et une souffrance abominable 2 jours durant. 48h de pur calvaire, et ce 1 an avant même le premier saignement jusqu’à ce que je me décide à prendre la pilule 23 ans plus tard. En continu sinon la douleur perdure.
    Pourquoi je ne l’ai pas prise avant? Manque d’information!!!
    Pour moi la pilule servait à :
    1- ne pas tomber enceinte. Et la capote aussi.
    2- éviter l’acnée. Ben j’étais plutôt chanceuse à ce niveau.
    3- avoir des règles régulières. C’était déjà le cas.
    PERSONNE ne m’a jamais dit que ça éliminait la douleur! Sinon j’aurais tué pour la prendre très tôt.
    Non à la place j’ai mangé de l’antidouleur.
    J’en veux terriblement aux personnes qui n’ont pas su m’aider à trouver une solution à ce « mal typiquement féminin qui n’est pas si terrible, voyons ».
    Et je bénie mon medecin actuel pour son écoute et son professionnalisme.
    Sinon mes règles, ben je m’en foutais en fait. C’est là. C’est pas là. Non moi ce qui m’intéressait dans la puberté c’était d’avoir des seins! Bon je les attends toujours …

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  5. Je me suis fait poser un stérilet au cuivre il y a un peu plus d’un mois, et j’ai cru que j’allais mourir pendant deux jours, puis c’est passé. Mais ensuite j’ai eu la joie de découvrir mes nouvelles règles. Je suis passée des règles parfaites: indolores, très peu abondantes et très courtes, à l’enfer: méga douleur deux jours avant le largage du flux, douleur de ouf pendant le flux, flux super abondant, et durée des règles doublée. Du coup je redécouvre mon corps et son fonctionnement en me répétant sans cesse « Je suis stérile jusqu’en 2020, sans hormones, et ça vaut le coup ». Aussi je trouve génial de pouvoir parler librement des règles et du rapport à notre corps pendant cette période, merci!

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  6. Ton témoignage me parle ; comme toi, c’est le festival de la douleur ! sauf que dans mon cas, ce ne sont que les premières 24h. Mais au moins, tout le monde – amis, famille et quelques personnes avec qui je bosse/fais du sport – sait que, dans ce laps de temps, je suis hors circuit.
    C’est marrant, parce qu’à l’époque, ce n’était pas le cas. J’ai eu mes premières règles à 13 ans et des poussières et ce jour-là, j’étais chez mon père (qui a géré comme un pro en allant m’acheter des serviettes à la pharmacie sans aucune gêne) ; j’ai commencé à prendre la pilule 2 ans plus tard mais entre-temps, je n’avais aucune douleur, seulement quelques tiraillements.
    J’ai cessé de prendre la pilule il y a maintenant 3 ans. Depuis 1 an, je douille les premières 24h, auxquelles je survis à coups d’antidouleurs et de magnésium (impossible de dormir, sinon). Comme quoi, le corps change.

    Mais comme tu le dis si bien, quand on est quelqu’un qui a de la peine à lever le pied – ou qui culpabilise quand il le fait ! – de pouvoir tout envoyer valser pour s’enrouler dans sa couette avec un thé et des séries, c’est (presque) que du bonheur. (sauf quand on oublie de racheter des antidouleurs et qu’on doit sortir à 2h du mat’ de chez soi pour aller en tauper à une copine -_-)

    Ce blog est ce qu’il manquait à l’Internet. Ni plus, ni moins. ❤

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  7. C’est marrant de voir qu’on a eu à près le même rapport au règles, Jack.

    J’ai des règles très douloureuses aussi qui entraînent chutes de tensions, vomissements et tout le tralala, mais j’avoue que je kiffe tellement « l’après-douleur ». Ton cors se relâche complètement, t’es épuisée psychologiquement comme si tu avais couru un marathon et tu te laisses tranquillement aller à un sommeil réparateur et confortable. En fait, c’est le pied. 😀
    Perso je ne prends pas la pilule parce que je n’aime pas l’idée d’imposer à mon corps des hormones artificielles, mais vu que je n’ai pas de relation fixe, pour l’instant, ça va comme ça. Du coup mes règles ne tombent pas forcément un samedi et parfois c’est en pleine semaine. Ça passe encore car je suis étudiante donc je peux me permettre de louper des cours à cause de ça mais quand je travaillais au Domac si jamais j’avais mes règles sur mon lieu de travail j’étais tellement pliée en deux qu’on me renvoyait chez moi. Et je me suis toujours dit que les femmes devraient pouvoir poser un jour de congé pour cause de « règles ». Ça me semble complètement juste. D’ailleurs si les mecs avaient leur règles j’suis sûre que ça existerait déjà XP

    Mais je m’émerveille des règles à chaque cycle, un peu plus. En fait depuis quelques années je développe une véritable passion pour tout les organes propres aux femmes et j’adore. Surtout depuis que je suis passée à la cup, je suis subjuguée devant le sang recueilli, je m’amuse à faire des motifs abstraits sous la douche avec, putain c’est ludique ! Et je ne sais pas si c’est lié, mais du coup je suis tellement plus en accord avec mon corps, ma sexualité, ma féminité et finalement, j’ai même remarqué que mes règles se font moins douloureuses, comme si l’amour que je me porte, que je porte à mes règles m’avait débloqué quelque chose, m’avait détendue. L’amour de ses règles, c’est TROP important. Si un jour j’ai une fille, je tenterai de lui transmettre cet amour, parce que le bien-être que ça apporte, c’est priceless.

    Alors ton blog, c’est du pain béni et surtout je kiffe trop cette manière d’en parler complètement décomplexée, ça me fait un bien fou. Les règles me fascinent tellement que parfois je saoule mes potes à en parler pendant des heures 😄

    Enfin bref, merci pour ce blog ❤ Merci pour ce témoignage dans lequel je me retrouve complètement ❤ Merci <3<3<3

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    • Je commente à plus d’un an de décalage mais je suis assez d’accord avec l’idée d’Élise qui fait le lien entre l’acceptation de son corps, de ses règles et la diminution de la douleur… Je suis complètement dans le même état d’esprit que toi et plus j’avance, plus mes règles sont légères, fluides et non douloureuses… ❤

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