À la recherche de la chatte parfaite

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© Suzanna Scott

Si vous traînez un peu sur les réseaux sociaux, vous avez sûrement vu passer un ou deux articles à propos de cette nouvelle étude américaine qui nous informe que « de 2014 à 2015, le nombre d’Américaines de moins de 19 ans qui ont fait de la chirurgie esthétique vaginale a presque doublé, selon la société américaine de chirurgie esthétique. » Une chouette nouvelle, hein ?

Qu’est-ce que la chirurgie esthétique vaginale, demanderont les moins informé-e-s ? C’est ce qu’on appelle la labioplastie, qui consiste à se faire raboter les lèvres pour en réduire la taille et s’offrir une vulve dont rien ne dépasse, toute lisse et fermée, comme celles qu’on voit dans le porno et les photos de charme (ou qu’on devine dans les catalogues de lingerie). Parce que nombreuses sont les personnes qui grandissent en haïssant leur vulve après l’avoir comparée à une vision déformée par les médias qui insiste pour que rien ne dépasse ni ne détourne le regard des choses importantes sur le corps de « la femme ». Ça va avec les poils (leur absence, en l’occurrence), les seins et fesses fermes, la peau lisse et toutes ces choses que nous mettons un temps fou à désapprendre lorsque vient le ras-le-bol et la prise de conscience.

Cette histoire, j’en parlais déjà en 2011 sur madmoiZelle, dans un article intitulé « SCOOP : Ta vulve est normale » (probablement une de mes premières fiertés en tant que rédactrice, qui annonçait ma reconversion à venir en tant qu’experte ès teucha – même si j’ai depuis eu une conversation avec une ancienne actrice porno française qui m’a assuré que l’image de la chatte lisse de porno n’était pas si avérée que ça et que cette opération était rare dans le milieu). Aujourd’hui j’ai donc eu envie de le ressortir et d’insister encore une fois sur cette information capitale : VOTRE CHATTE N’A RIEN D’ANORMAL.

Posez la question autour de vous si vous pouvez aborder le sujet et vous verrez que les personnes qui complexent ou ont complexé sur leur vulve à un moment sont extrêmement nombreuses. Nous avons peur de nous y confronter, nous ne regardons que très rarement notre sexe (le fait que ça demande un peu de souplesse et l’aide d’un miroir de poche n’aide pas, certes, mais tout de même), nous avons été beaucoup à craindre la première exposition de notre sexe à un-e inconnu-e de peur de voir le dégoût se dessiner sur son visage. Les premières conversations que j’ai eues au sujet de l’entité vulve se soldaient toujours par la même conclusion : « une chatte, c’est moche de toute façon ». On acquiesçait sans se poser de questions, c’était une évidence – le ciel est bleu, une chatte c’est moche, point.

Ça n’avait rien de révoltant de penser ça, pas plus que de trouver les poils repoussants et la cellulite dégueulasse. Quand on discutait entre copines et qu’on pensait tout savoir du monde qui nous entourait, on ne cillait même pas en faisant ces affirmations – parce que ça nous rassurait, aussi. On trouvait nos chattes moches, alors on mettait toutes les autres dans le même panier (au lieu de faire le travail inverse, plus difficile, et de trouver la beauté qui nous échappait dans cette vision de nos sexes). On insultait cette partie de notre corps sans en souffrir, parce que c’était normal. On ne pouvait pas faire autrement que la dénigrer, la détester et lui en vouloir de ne pas être aussi parfaite qu’elle devrait l’être. Et quand bien même elle correspondrait à ces critères, il y avait toujours la peur qu’elle ne sente pas bon, que son goût soit désagréable, qu’elle sécrète le mauvais fluide au mauvais moment, que quelqu’un s’aperçoive qu’il s’agissait d’un organe biologique vivant et moite.

Résultat, on en arrive à lire ce genre d’études qui nous informe que les moins de vingt ans envisagent déjà de se faire charcuter l’intimité de peur de repousser les futurs partenaires peu habitués à la grande diversité des vulves. Avant même d’avoir complètement fini sa croissance, avant de connaître réellement son corps, son plaisir, ses diverses inclinaisons sexuelles, ces personnes pensent déjà à se brimer et à se conformer, persuadées de ne pas être normales et donc de ne pas être aimables. Elles sont prêtes à prendre le risque de se défigurer la chatte et de se priver de sensations pourtant fort agréables pour ne pas traumatiser celleux qui pensent que rien ne doit dépasser d’une vulve et que tout se doit d’être bien caché à l’intérieur, sans relief ni asymétrie.

Mais parlez-en aux personnes de plus de vingt ans et vous verrez que le problème ne se règle pas avec l’arrivée de l’âge adulte. Je connais peu de personnes qui sont totalement en phase avec leur vulve et qui la trouvent aussi belle que leurs cheveux ou leurs yeux, par exemple. J’en connais peu qui ne frissonnent pas d’appréhension lorsque vient la confrontation avec un-e nouveau-elle partenaire, de peur d’offrir une vision qui les pousserait à prendre la fuite en hurlant (ça vaut aussi pour bien d’autres parties du corps, mais qui varient selon les anatomies et les complexes de chacun-e).

Ça paraît ridicule pour beaucoup, mais je reste persuadée qu’il est important de se confronter régulièrement à la vision de son propre sexe. Prendre un moment pour l’inspecter sous toutes les coutures à différents moments de la journée, de son cycle, selon les saisons. De se regarder prendre du plaisir aussi, pour arrêter de voir ça comme un appendice vide de sens et de se rappeler qu’il est aussi la source d’un paquet de sensations pas désagréables. C’est pour ça aussi que je soutiens toutes les initiatives qui visent à offrir une vision claire et concrète de tous les « modèles » qui peuvent exister, pour qu’on puisse retrouver le sien et en découvrir d’autres et réaliser à quel point chaque vulve est différente.

Nos chattes ne sont pas des pantoufles de vair, il ne faut pas parcourir la planète pour trouver la bonne. Chaque chatte est la bonne, chaque chatte est « très bien comme elle est » comme on nous le répète pour le reste de notre corps. Chaque chatte mérite d’être appréciée à sa juste valeur, tant par sa-son propriétaire que par celleux qui sont cordialement invités à profiter de ce qu’elle a à offrir. Sans aller jusque dans les délires de « nous sommes des déesses et voici notre autel », il est important de faire cette démarche de réappropriation du plaisir et de l’intimité, mais aussi de banaliser une bonne fois pour toutes la vision d’une vulve aux lèvres qui dépassent, avec des variations de formes et de couleurs qu’on ne peut pas prédire en regardant quelqu’un-e dans les yeux.

Au même titre qu’il est important d’apprendre à aimer sa couleur de peau, ses seins, son nombril et ses narines, il est extrêmement important d’apprendre à respecter son sexe et son apparence, d’autant plus quand c’est une vulve, parce qu’on nous impose déjà tellement de choses, on nous répète déjà de mille façons à quel point nous ne suffisons pas, et que si on pouvait laisser tous ces débats en dehors de notre slip ça irait déjà un peu mieux. Sans compter que dans une démarche d’empowerment, c’est aussi un chemin extrêmement gratifiant et libérateur qui permet de mieux vivre sa nudité, sa sexualité et sa vie publique de manière générale.

Le sexe est au centre de nos préoccupations, que ce soit dans sa dimension charnelle ou dans sa dimension sociale, dans l’identité de genre, et il est important, quand on fait le choix (conscient ou non) de cohabiter avec sa chatte, de faire l’effort de la regarder droit dans les yeux et de lui dire « tu es très bien comme tu es, je t’aime, et tiens, prends donc cet orgasme pour ta peine ». Quand on est loin de cette démarche ça peut ressembler à du charabia de gourou new age un peu zinzin, mais je suis persuadée que c’est réellement important et salvateur et qu’on ne peut pas être bien dans son corps si on est pas bien dans sa chatte (je parle en dehors des questions de genre, dans le cas où la présence d’une chatte n’est pas vue comme un obstacle qui se dresse entre son corps et sa véritable identité).

Alors lâchez-nous la chatte et laissez-la vivre sa vie sans lui couper les ailes, bordel.

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15 réflexions sur “À la recherche de la chatte parfaite

  1. Très chouette article !

    Néanmoins, j’aimerais poser une question en diapason avec la remarque de l’ancienne actrice porno : J’ai l’impression qu’il y a au final beaucoup de variété de chatte dans le porno sur internet, contrairement à beaucoup d’autres domaines érotiques comme les photos de charme ou la lingerie. Est-ce parce que l’on pourrait pourrait considérer le porno comme cru et donc moins enclin à une esthétique propre aux autres milieux érotiques ?

    Je trouve qu’il serait intéressant de regarder ce que donne des comparatifs de l’image de la femme et de son corps à partir de différents mots-clefs dans différents domaines érotiques.

    (Ps : je découvre votre blog avec ce message, peut-être que cela a déjà été fait.)

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    • Je pense que c’est justement parce que les lèvres apparentes sont jugées comme pornographiques qu’elles sont acceptées dans ce domaine et rabotées sur les supports plus « soft » pour éviter que l’amalgame soit fait. C’est sur ça qu’on se base pour faire la différence entre porno et érotisme (et bien après photos de lingerie) – selon ce qu’on voit/devine du sexe représenté.

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  2. Dans le même esprit, il y a le super Tumblr « Large labia project » (anglophone), qui répertorie des photos de vulves/ corps en tous genres. Ça montre la réelle diversité des corps, et que personne n’a un sexe lisse et symétrique. La propriétaire est anti-chirurgie, elle donne régulièrement des conseils et des explications, toujours avec bienveillance!

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  3. Il ne manquait plus que ça. Franchement, est-ce qu’on voit des des femmes se balader tout nues tous les jours, et bien oui :D, mais pas en montrant leur partie intime. On peut la voit que si elles vont voir leur médecin pour une consultation précise, poser pour une revue de charme ou du porno, ou encore s’envoyer en l’air. Le médecin ne va pas vous dire « votre vulve n’est pas jolie », votre partenaire ne va non plus vous dire « mais chérie, ta vulve dépasse ! ». Il ne reste plus que la porno, ces 20% cherchent certainement à faire une carrière dans le secteur. Et franchement, si toutes les porno stars ont les même vulve, celle qui sort du lot est peut-être plus intéressante. Et en passant, sachez qu’en Afrique, des jeunes femmes se sont faites mutiler leur sexe contre leur volonté et là, d’autres cherchent à le faire. Franchement … no comment. Et sans oublier, si un gars refuse de faire des cochonneries avec la miss parce qu’elle a des vulve qui dépasse, il faut le castrer sur le champ. 😀

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    • Le médecin n’hésite parfois pas: après mon 1er accouchement, j’ai eu le droit à « mais qu’est-ce que c’est que ça ? Qu’est-ce qui s’est passé ici ? ». C’était il y a sept ans, depuis je n’ai jamais pu regarder…

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  4. Je complexe sur à peu près toutes les parties de mon corps, ce qui est assez triste en soi, et je me bats pour m’en sortir, mais je suis tombée des nues le jour où j’ai appris que des jeunes femmes complexaient sur leur vulve. C’était bien la seule partie de mon corps sur laquelle je n’avais jamais eu de complexe (et pourtant je refuse de m’épiler, et ça se passe très bien avec mes amants, même ceux qui préfèrent les sexes épilés. Ils respectent tous ma décision et cela ne nous empêche absolument pas de passer de très bons moments).

    En plus, pour l’immense majorité d’entre elles, elles trouvent que de toute façon, une vulve, c’est moche, comme vous l’avez fort bien dit, mais si c’est moche de base, pourquoi se flageller parce qu’on a les petites lèvres qui dépassent, ou l’une qui est plus grande que l’autre ? Ca m’a semblé tellement triste… Les complexes, en général, c’est un regard extérieur (en général fantasmé, une sorte de personnification des exigences de la société) qui est intégré au point qu’on n’arrive plus à se voir à travers nos propres yeux mais à travers ce regard extérieur (toujours critique, forcément). Complexer sur sa chatte, ça montre quand même à quel point la société est intrusive, à quel point elle est intégrée dès le plus jeune âge, et notamment par les filles.

    D’un autre côté, c’est beaucoup aux états-unis (mais pas que), pays où quelque chose comme 80% des hommes sont circoncis à la naissance, par « souci esthétique » la plupart du temps. Dans des séries comme « Shameless », l’héroïne essaye de convaincre son amie que si elle accouche d’un garçon, il faudra le faire circoncire car sinon aucune femme ne voudra jamais lui sucer la bite. Alors y a-t-il un lien là-dedans ? Les hommes subissent une opération pour avoir une bite « aimable » alors il faut qu’on fasse pareil ?

    En tout cas j’ai beaucoup aimé ce que vous en avez dit, les idées que vous lancez aussi, notamment se regarder et se connaître à différents moments, très bon article, comme d’habitude !

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  5. Tu sais quoi ? J’ai eu ou j’ai (selon certain article) du mal à lire les articles sans être gênée voir parfois dégoutée et ce juste parce que tu parles de chattes. Alors c’est limite mon petit exo à moi : je vais lire un peu d’articles règles et sexe féminin : go ! Je sais que c’est ridicule mais avec cette article je comprends mieux : j’ai ce réflexe « une chatte c’est moche ». Pire, ça me dégoute alors que le sexe d’homme c’est pas vraiment toujours beau à mes yeux mais ça m’a jamais dégoutée. BREF, merci pour ce blog et je suis pour une illu « Libérez les teuchas ! ».

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    • Haha, ravie de pouvoir aider ! Promis, ça se soigne, et bientôt tu pourras crier « VIVE LES VULVES » sur tous les toits. Ou au moins le lire sans faire la grimace.

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  6. Bonjour !
    Je découvre le blog via Diglee, et franchement, merci ! Rien que de lire son interview me fait voir les choses (mes règles, en l’occurrence) différemment. Je me suis même demandée pourquoi avec mon copain, on ne fait pas l’amour pendant mes règles. ça a toujours été une évidence, mais à présent ? A voir 😉
    C’est drôle que tu parles de l’influence négative du porno sur la vision qu’on a de notre vulve. Et ben, pour moi ça a été l’inverse. Mater du porno a été l’occasion de constater la diversité de tout ça, et des corps en général. ça m’a bien aidée à apprécier mon corps à moi.

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  7. C’est vraiment surprenant de voir ce mot : « chatte » (très) utilisée ici… Je trouve ce mot péjoratif et vulgaire et pour ma part je ne l’utilise jamais ! Respecter son sexe c’est aussi (et d’abord) respecter son nom à mon avis.

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    • Ce n’est pas parce que vous ne l’utilisez jamais et que vous le trouvez péjoratif que c’est le cas de tout le monde. Nous sommes nombreux-ses à l’utiliser avec respect, tendresse et affection 🙂

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