#JESAIGNEETALORS, la campagne qui se bat contre les tabous

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Emma, Alicia, Camille, Dylan et Chloé sont cinq étudiant-e-s en dernière année de licence d’Industries Culturelles, Arts et Société, qui, dans le cadre d’un cours, ont été invité à créer une campagne qui leur tenait à coeur – et c’est donc tout naturellement qu’ils se sont tournés vers les menstruations.

La campagne s’intitule #JESAIGNEETALORS et lorsque l’une des cinq instigatrices de ce hashtag, Chloé, m’a contactée pour m’informer de l’existence de cette campagne, j’en ai profité pour poser quelques questions à la petite bande afin d’en apprendre un peu plus sur ce projet.

Tout d’abord, peux-tu nous présenter le projet et son mode opératoire en quelques mots ? 

Chloé : Il s’agit de lancer une campagne sur les réseaux sociaux TwitterTumblr et Facebook. Notre campagne s’intitule #JESAIGNEETALORS et le but de celle-ci est de soulever le tabou des menstruations. C’est grâce aux échanges et interactions via les réseaux, sur les articles, les vidéos ou encore les photos, que tout se passe puisque sans partages, sans avis, sans critiques le tabou persiste.

Il y a un réel malaise à parler des règles, c’est pour ça qu’il est important  de dénoncer les idées reçues, de partager nos expériences pour alimenter la campagne et donc les débats. On a tenu tout particulièrement à insister sur différents sujets comme le rite de passage que seraient les règles entre la petite fille et la femme adulte, qui enferme non seulement la femme dans un rôle de future mère mais aussi qui exclue un bon nombre de personnes comme les personnes aménorrhées, les personnes trans*,  les personnes ménopausées etc.

Les menstruations sont un sujet délicat et la honte ou la gène de certains n’est pas moindre et nous tentons également de comprendre pourquoi. Pour terminer, beaucoup de personnes considèrent qu’il n’y a pas de tabou sur les règles mais admettent qu’elles appartiennent au domaine du privé et qu’il reste relativement gênant d’aborder le sujet en public.

Comment vous est venue l’idée ?

Chloé : Lors de notre cours « Genre, performances et ethnicités » avec Sam Bourcier, nous avons dû réaliser une performance et nous avions orienté celle-ci sur les menstruations. Plus particulièrement sur la place de la femme dans la société et les oppressions qu’elle subit au quotidien. On a constaté que depuis toujours, les règles étaient un moyen d’oppression sur la manière de considérer la femme, de lui attribuer un rôle bien défini qui est celui de future mère. À travers l’histoire et les différentes perceptions étudiées, la femme est également renvoyée à un être faible (psychologiquement et physiquement).

Alicia : Pour ma part, j’avais vu le travail d’une photographe qui photographiait les femmes avec leurs règles, soit sur des draps, soit sur leurs cuisses… De très belles photos qui m’ont interpellée et j’ai trouvé le projet très intéressant – je me suis dit que ce serait à creuser.

Quels sont vos objectifs ?

Chloé : Le but premier est de mettre à jour le tabou parce que beaucoup de personnes n’en ont pas conscience, ce qui est un problème puisque la situation de la femme n’évoluera pas dans ces conditions. Nous souhaiterions également, à travers le sujet, aborder plusieurs thèmes comme la féminité qui n’a pas qu’une seule définition : on souhaiterait parler des personnes trans*, des femmes ménopausées, des personnes aménorrhées.

Le but étant d’une part d’accepter les règles, et d’arrêter d’en faire un point central de la féminité. Les règles sont certes, un phénomène biologique et naturel, mais elles ne nous définissent pas en tant que personne.

Comment ça a été reçu par les autres jusqu’ici ?

Chloé : Jusqu’à présent, le sujet a plutôt bien été reçu par nos professeurs et les élèves de notre licence. En revanche, le lancement de la campagne sur les réseaux sociaux a du mal à décoller : on se retrouve face à beaucoup d’incompréhension. Nombreux sont les hommes qui voient dans cette campagne – encore – une démarche féministe « contre les hommes ». Beaucoup de personnes ne considèrent pas non plus qu’il y ait un tabou.

Dylan : J’ai été surpris de voir à quel point le fait d’aimer notre page pouvait mettre les gens (garçons comme filles) mal à l’aise. Ils trouvent le sujet « suffisamment sale » pour l’afficher sur les réseaux sociaux et beaucoup trouve étrange l’intérêt que je porte à ce sujet.

Alicia : Les gens s’interrogent énormément, on a reçu beaucoup de messages avec des questions, pourquoi, dans quel but, beaucoup nous disent qu’ils ne comprennent pas forcément quand on parle de tabou car eux ne le voient pas. Nous avons reçu quelques messages également de personnes qui soutiennent notre projet et qui le trouvent très intéressant. D’autres sont plus distants ou sentent « encore une attaque féministe » (féministe dans le sens « le pouvoir aux femmes » d’après leur définition).

Chloé : Je m’attendais à beaucoup plus d’engagement de la part de mes contacts Facebook, déjà, mais pas uniquement. C’est vrai que je me rends compte qu’il est difficile de rallier les gens à notre cause et surtout de les inciter à participer au débat alors que c’est essentiel, nous avons besoin d’échanger et même d’apprendre et de comprendre le point de vue des autres.

Camille : En fait, j’ai remarqué que c’était surtout lors d’échanges que les gens montraient de l’intérêt pour la cause et réalisaient qu’il y avait réellement un tabou. Lors de discussions physiques, même de conversations privées sur Facebook, les langues se délient, mais quand on appelle aux réactions bizarrement il n’y a plus personne.

Est-ce que ça a changé votre façon de voir les choses et si oui, comment ?

Camille : Très clairement ! Au début j’étais assez sceptique face à ce projet, dans l’ignorance. Je ne voyais pas le tabou. Et puis, en m’y intéressant de plus près, j’ai finalement pu constater que si, il y a bel et bien un tabou. Il y a même tellement de choses à dire sur le sujet que c’est difficile de démêler et d’organiser notre pensée par moments. Accepter ses règles c’est une chose, après tout on n’a pas vraiment le choix. Accepter la gêne autour de ce sujet, les phrases clichées qu’on nous sert, etc… c’est plus possible !

Dylan : Je n’ai jamais été dégouté par les menstrues, ça ne m’a jamais posé problème. En revanche, en entendant les filles parler, j’ai été surpris par les réactions de certains et même au niveau des réactions des gens sur Facebook. Il est clair qu’il y a un hic quelque part !

Chloé : Etant petite, je ne comprenais pas pourquoi on en faisait tout un plat ! Je me souviens que mon père m’avait invité au resto pour « fêter » l’arrivée de mes règles, et ma mère avait appelé toutes ses copines pour leur dire « ma fille à ses règles ». Même au collège, quand je n’étais pas encore réglée, des filles s’amusaient à mettre un ballon de basket sous leur pull pour faire comme si elles étaient enceintes et j’ai voulu faire pareil, elles m’ont dit : « non tu peux pas t’as pas tes règles t’es pas une femme ». On était en sixième, je ne voulais juste pas me sentir exclue… Même dans le milieu médical, on réduit énormément ce thème de la féminité aux règles et pour moi, c’est quelque chose qui ne passe pas !

Alicia : Oui, totalement. Au fur et à mesure de notre projet, nous apprenons énormément de choses et ça nous permet d’avoir une vision plus large sur tout ce qui concerne les règles. Personnellement, j’ai pu m’apercevoir qu’on ne pensait pas forcément à toutes les personnes qui pouvaient  être touchées et c’est intéressant de voir que les règles seraient « ancrées » dans la définition – de la société – de la femme alors qu’il n’en est rien. Pouvoir étudier les genres à travers le rapport des règles ou non règles d’ailleurs, m’apporte beaucoup et je me sens plus investie de jour en jour.

Pourquoi parler des règles « féminines » sur vos réseaux ? Est-ce volontaire de centrer la discussion sur les femmes cisgenres ou est-ce que c’est un simple oubli ?

Chloé : Nous sommes d’accord sur le fait qu’il s’agissait d’une maladresse de notre part ! On entre à peine dans le sujet et c’est parfois compliqué de tout organiser ! En revanche, c’est vrai qu’on a parfois du mal à expliciter certaines situations, pas par manque d’intérêt mais parce que nous ne les connaissons pas et que nous avons peur d’être maladroits et d’offusquer certaines personnes alors que justement, c’est dans ces moments là que l’échange est important parce qu’on nous reprend, on nous explique les choses et on avance !

Dans vos posts, je vois que vous prenez parfois des pincettes pour vous adresser aux hommes (comme quand vous précisez que les propos rapportés ne sont pas les vôtres), pourquoi ? Vous avez peur des les froisser ? De les refroidir ? Quel rôle souhaitez-vous leur donner dans tout ça ?

Chloé : Comme on  l’a mentionné plus haut, pas mal de personnes –dont des hommes – nous prennent pour des féministes « anti hommes » et ont vu dans ces posts une guerre des sexes et non pas un désir d’égalité. On essaye de trouver des moyens de faire passer un message sans s’attirer les foudres alors qu’on ne les cherche pas ! On est là pour interagir et pour sensibiliser aussi, et les gens se braquent facilement, c’est un moyen qu’on a trouvé pour les calmer mais bon très honnêtement ça n’a pas fonctionné ! 

Et vous, dans le groupe, quel rapport entretenez vous avec vos règles et les règles en général ?

Dylan : Je suis très frustré d’être exclu de ce genre de conversation avec des filles et surtout de ne pas connaître les menstruations !

Chloé : J’avoue que quand ça me tire le bide le premier jour et que j’ai l’impression de sentir le poisson ça me gave mais je les accepte ! J’en parle très facilement mais j’ai eu une période où j’étais aménorrhée et je ne me sentais pas non plus si différente. Enfin c’est difficile à expliquer mais mes règles ne définissent pas la personne que je suis.

Camille : Personnellement, je suis une de ces personnes qui ne se préoccupent pas du tout de leurs règles. J’oublie tout le temps quand je dois les avoir, ce qui a le don de m’énerver surtout quand je sais que dois avoir un rencard dans la semaine, voire le soir même. Je ne pense pas que ça soit un frein pour la vie sexuelle, au contraire, mais il faut quand même avoir une certaine proximité avec la personne. Avant, en revanche, plus jeune, c’était l’enfer. J’avais terriblement mal au point de ne pas pouvoir aller en cours ou à mon activité sportive mais bizarrement depuis que je suis partie de chez moi, ça va beaucoup mieux. En conclusion, ça ne me dérange pas mais c’est vrai que c’est pénible niveaux douleurs et vie sexuelle, on ne peut pas faire ce qu’on veut tout le temps.

Alicia : J’ai un rapport plutôt serein avec mes règles, à part le premier jour où j’ai tout le temps des douleurs, ce qui n’est pas forcément agréable, mais à part ça je me sens à l’aise, avant ça m’arrivait d’être gênée, plus maintenant.

Pour suivre (et soutenir) l’avancée de cette campagne, rendez-vous sur TwitterTumblr et Facebook !

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