Raconte-moi tes premières règles #3 : Le témoignage d’Adeline

Adeline a très mal vécu ses premières règles – et toutes les suivantes aussi, d’ailleurs. Du coup, elle nous raconte son histoire.

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© Laurel Roth

Puisque les règles concernent un sacré gros paquet de la population (plus de la moitié, ça fait beaucoup), il y a forcément plein de façons d’en parler, de les vivre et de les découvrir. Dans cette série de témoignages, plusieurs personnes vous raconteront leurs premières règles, comment elles les ont vécues, ce que ça a changé pour elles.

Aujourd’hui, c’est Adeline qui nous raconte son histoire.

✿✿✿✿✿

Il y a une petite tâche rouge dans ma culotte. Du sang. Merde, « elles » sont là. Les règles. Toutes mes copines qui les ont étaient comme des dingues quand ça leur est arrivé, trop fières d’être enfin devenues « femmes ». Ça me fait une belle jambe : qu’est ce que j’en ai à foutre d’être une femme si c’est pour avoir la culotte ensanglantée et des crampes au bide ? Je fonds en larmes direct. J’ai deux grandes sœurs qui m’ont rancardée sur le sujet, et je sais que c’est le début des emmerdes.

Je l’annonce à ma mère, en marmonnant, la tête basse. Elle voit que j’ai pleuré. « Mais mon poussin, c’est super, ça veut dire que tu peux faire des bébés ! ». À 13 ans, j’aimerais bien voir sa tronche si je lui annonçais une grossesse. C’est nul. C’est débile. Mais qu’est ce j’ai fait pour mériter ça ? Ah ouais, c’est vrai, je suis une fille. Génial. Je sais que bientôt mes seins vont pousser et que je vais me prendre des mains au cul. C’est de la merde. J’ai envie de hurler tellement je trouve ça injuste. Je pleure, encore. Ma mère me prend dans ses bras, elle ne sait pas quoi dire. Elle avait tout misé sur le coup de l’enfant, qui n’a visiblement pas fonctionné. Elle est à court d’argument la pauvre. Je prends une douche, jette ma culotte souillée, enfile un jogging et m’enferme dans ma chambre. Pour moi, la fête est finie.

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La deuxième fois que j’ai eu mes règles, elles se sont encore pointées à l’improviste. C’est souvent le bordel le cycle des filles, surtout au début. Je passais quelques jours en Normandie chez une amie. C’était au mois de juin, c’était bientôt la fin des cours et il faisait très chaud (oui, même en Normandie) et on kiffait dans la piscine. Ça sentait bon le début des vacances… Sauf que j’avais pas prévu cette putain de tuile. La nature est une connasse. Sur les conseils de ma mère, j’avais pris des serviettes hygiéniques, « on ne sait jamais » m’avait-elle dit. Du coup, quand j’ai réalisé que je n’y couperais pas, j’en ai collé une dans ma culotte, et je me suis dit que devenir une femme, c’était finalement comme redevenir un bébé avec une vieille couche au cul. Il faisait déjà chaud sans ça, mais le frottement de la protection rendait le moindre mouvement insupportable. Le foot dans le jardin avec les cousins était devenu un calvaire, j’avais des échauffements à l’entrejambe.

Le moment fatidique de la baignade s’est à nouveau présenté, mais là, au lieu de courir pour sauter dans l’eau, j’ai murmuré une excuse bidon à base de « j’ai pas envie », « fait pas si chaud que ça » et « mmmph ». Effarement total de mon amie, sa mère, sa tante, ses cousins, tout le monde : « Bah alors, toi qui adores te baigner ?? Il fait une chaleur à crever en plus !! ». Oui, j’avais remarqué figurez–vous. Si j’avais exposé mon problème à une adulte, elle m’aurait peut être sortie de cette situation merdique qu’on appelle « nature » en m’initiant aux joies du tampon, sur la notice duquel on te prévient que tu risques de mourir dans d’atroces souffrances à cause du choc toxique. Sympa. Mais au moins j’aurais pu me baigner et kiffer la vie, comme tous les autres. Mais je me suis emmurée dans un silence borné, tellement c’était « la honte ».

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Dans l’ensemble le phénomène cyclique me laissait très perplexe : les filles avaient à la fois l’air de trouver ça génial, rapport à devenir une femme et tout et tout, mais semblaient également devoir cacher les désagréments collatéraux dont les autres pouvaient apparemment se moquer ou être dégoutés. Faudrait savoir. Pour moi et dans tous les cas, je trouvais que ça relevait tellement de la sphère intime (saigner de la chatte ne me paraissait pas un événement public) que j’étais paralysée. Alors je suis restée assise sur un transat à les regarder s’amuser. Pour illustrer mon propos que, non vraiment, je n’avais pas trop chaud, j’avais poussé le vice jusqu’à garder mon sweat shirt. J’étais en nage, et je me sentais sale. Je me détestais d’être née fille. Je maudissais mon sexe et cette salope de mère nature qui allaient faire que plusieurs jours par mois, j’allais devoir subir et tout mettre de côté, tout ce qui paraît normal de faire : courir, nager, faire l’abrutie, se rouler dans l’herbe… vivre, quoi.

J’étais terrassée par la peur de l’infamante tâche rouge sur le jean et la promesse d’une vie de merde, gâchée par des saignements erratiques. J’avais envie de mourir. J’entendais qu’on m’interpelait de la piscine : « Allez quoi, viens te baigner ! ». J’étais à deux doigts de leur jeter ma serviette hygiénique ensanglantée à la figure. Si ça se trouve, il ne se serait rien passé si je m’étais baignée à ce moment là, mais j’avais gardé en tête le souvenir d’une fille à la plage, dont le sang menstruel avait ruisselé le long de ses cuisses quand elle était sortie de l’eau. La vision gore en mode Carrie m’avait marquée, et je ne voulais pas la rejouer. Tout ça était tellement nouveau que je ne savais pas comment mon corps, ce traitre, allait réagir.

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Et puis la session piscine, le séjour ainsi que mes règles ont finalement pris fin, pour mieux revenir 28 jours plus tard en ce qui concerne ces dernières. Même si j’ai fini par me plier à cette malédiction communément appelée condition féminine (avais-je vraiment le choix ?) et m’habituer à mon cycle menstruel, j’ai passé des années à faire croire aux gynécos que j’étais une grande sportive et que j’avais donc besoin d’annihiler les règles, cette invention du diable, qui m’empêchaient de vivre pleinement ma « passion ». J’ai donc pris des contraceptifs qui empêchent les saignements. J’ai testé l’Implanon qui m’a donné envie de me jeter sous le métro, rendaient mes seins ultra douloureux à tel point que marcher ou prendre une douche était très pénible. J’en ai essayé plein d’autres qui ont fonctionné plus ou moins bien pendant un certain temps.

Tous les trois ans environ, mon corps se rebelle du contrôle que j’exerce sur lui, et je dois changer de pilule. Là, j’ai du renoncer à l’absence de règles, et je suis sous une pilule qui impose un minimum de saignements. Je me suis donc remise aux tampons, mais ils assèchent tellement mon vagin que j’enchaine mycose sur mycose (et plus si affinités) et que les relations intimes peuvent être douloureuses. Mais les copines c’est la vie (puisqu’on ne peut pas compter sur le corps médical), et elles m’ont convaincue d’essayer la coupe. La première fois j’ai pleuré tellement elle était remontée loin, et perdue dans les méandres de mon anatomie que le retrait était assez complexe. Mais c’est un coup à prendre, il faut persévérer. Au bureau, on partage des toilettes mixtes, donc c’est un peu compliqué de rincer la coupe dans les lavabos communs, mais mon flux léger me permet de la garder douze heures et de faire mes petites affaires chez moi, tranquille.

Même si des initiatives comme la coupe et la libération du discours m’aident à accepter petit à petit ce moment difficile du mois, une tristesse et une aigreur tenaces m’envahissent à l’arrivée récurrente des ragnagnas. Cela me ramène à une condition que j’ai du mal à admettre. Ça viendra. À 35 ans, il serait temps me direz vous.

Au pire, je ne suis pas loin de la ménopause !

– Si vous avez également envie de témoigner, de me parler de vos premières règles (ou d’autre chose), envoyez un petit mail à passionmenstrues@gmail.com !

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12 réflexions sur “Raconte-moi tes premières règles #3 : Le témoignage d’Adeline

  1. Raaaaaah les histoires de filles qui se privent de piscine à cause de leurs règles, ça me fait hurler !!! Je trouve ça tellement injuste ! Tout ça à cause du dégoût qu’inspire les règles à la société, un truc qu’il faut cacher… À tel point qu’on n’informe pas les personnes possédant un utérus qu’il existe d’autres « protections » que les serviettes !! Je ne suis que rage !
    Pour une de mes amies, c’était carrément sa mère, en plein été, tandis que ses frère jouaient allègrement dans la piscine, qui lui INTERDISAIT de porter des tampons !!!

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  2. J’ai eu mes premières règles à 11 ans. J’ai essayé de mettre des tampons vers 13-14 ans, impossible. Heureusement que je n’aime pas la piscine ça me donnait une bonne excuse!! Je n’ai pu en porter qu’à l’âge de 26 ans, j’imagine que c’est à ce moment que j’ai accepté mon corps, et que je me suis suffisamment relâchée pour que ça passe… tout le monde n’est pas égal devant l’insertion d’un corps étranger dans son vagin.
    Par contre l’arrivée des règles m’a laissée relativement indifférente. Mis à part la douleur insoutenable mensuelle, j’ai eu la chance d’avoir un flux léger, hyper régulier dès le debut. J’attends toujours les seins qui devaient aller avec mais je crois que c’est mort!

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  3. Je ne dis pas ça pour celleux qui n’arrivent pas et/ou ne veulent pas insérer quelque chose dans leur vagin. Je parle des personnes qui n’en ont pas la possibilité, parce qu’on le leur interdit, ou alors qu’elles ne savent même pas que ça existe. Quand ma mère a découvert les tampons, ça lui a fait l’effet d’une libération !

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    • Tu m’étonnes! Ça change la vie, et la cup encore plus! Je trouve ça quand même dingue qu’en 2015 les jeunes filles/jeunes hommes soient toujours aussi mal et peu informés sur ce sujet. Au lycée une amie ayant une vie sexuelle depuis plusieurs années a découvert qu’elle avait un trou « pour le pipi » et un « pour les bébés ».
      Une autre crois toujours (26 ans) qu’au bout de 7 ans sans sexe l’hymen se reforme…
      Une troisième pense qu’il faut attendre 1 mois après la 1ere prise de pilule (donc un cycle entier) pour pouvoir se passer de préservatifs.
      Et j’en ai plein des histoires comme ça!!

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      • Brrr ça me donne des frissons ! Quand on lit des forums genre Doctissimo et qu’on voit des personnes qui pensent qu’on ne peut pas tomber enceinte lors de sa « première fois »… Ça donne envie de s’engager au Planning Familial !

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  4. Oh la vache… ben c’est pas cool de vivre ça comme ça, la pauvre !
    Franchement, moi j’en ai tellement pas grand-chose à faire d’avoir mes règles… et ce, depuis toujours : ça m’a toujours fait halluciner de voir que ça mettait les filles aussi mal à l’aise, limite en transe… Enfin, bref, ce n’est pas mon cas, quoi.
    Sans doute mon côté « roots » ^^

    Et pour finir, franchement depuis que je me suis mise aux cups, j’y pense encore moins qu’avant : une fois le matin, et une fois le soir, pas plus.
    Et c’est royal !
    Donc, vraiment, se pourrir la vie à cause de ça et ne pas se baigner quand il fait 40 non, c’est vraiment pas possible !

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  5. Oh waw, Adeline, t’as fais remonter beaucoup de souvenirs d’un coup. C’est marrant (enfin, non, pas trop en fait) parce qu’à première vue, je me disais que j’avais pas spécialement de témoignage à apporter sur la question des premières règles, que je les avais plutôt pas trop mal vécues… Comme quoi le cerveau arrive à bien trier les choses nulles.
    Bref, au début aussi mes règles étaient chaotiques (enfin toujours maintenant, 20 ans plus tard, mais merci la pilule, t’as au moins 1 avantage) et ce récit de piscine me rappelle un été où j’étais partie en colo avec ma meilleure pote (= devoir se sociabiliser = l’enfer sur terre). Evidemment, j’ai eu mes règles pendant 2 semaines sur les 3 passées là-bas, en camping dans la montagne. Autant dire devoir tous les jours trouver une excuse pour ne pas dire, à 13/14 ans, qu’on a ses règles devant un tas de gosses tous plus cons les uns que les autres (je n’ai jamais su mettre un tampon – sérieux, en quoi c’est agréable (ou même juste naturel) de se trimballer plusieurs heures avec un bout de coton dans la chatte ?). Ca passait pas trop mal jusqu’au jour où un des gamins l’a appris et s’est littéralement foutu de ma gueule, en me montrant du doigt et en riant bien fort en disant à tout le monde que j’avais mes doches.
    (Voilà, c’était donc pour le côté 1) soutien, on n’est pas seules dans cette galère + 2) donc oui, la cup ! tellement libérateur putain)

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  6. Evidemment je ne me réjouis pas de savoir que tu vis mal tes règles, mais en même temps je suis contente que l’on puisse enfin lire des témoignages comme le tien sur le net. Parce que peu de gens nous comprennent, y compris parmi les femmes (« mais naaaan ça fait pas si mal, c’est naturel, taka mettre une cup et tout sera beau »).
    En deux ans j’ai eu trois fois mes règles (deux fois à cause d’un oubli de pilule et une fois « volontairement » parce qu’une gynéco m’avait dit de faire une pause d’une semaine avant de passer un examen médical), et je ne compte pas laisser ce chiffre s’augmenter, ni maintenant ni dans les prochaines années.

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  7. Moi, j’aimerais parler des règles aux pères divorcés ou élevant seuls leurs filles pour x raison.

    Mes parents sont divorcés. Ado, j’allai chez mon père 1 weekend /2 et la moitié des vacances. J’ai eu mes premières règles pendant les vacances d’été, chez mon père. Lorsque je lui ai dit qu j’avais besoin de serviettes hygiéniques, sa réponse a été : « Fait chier! -c’est le juron préféré de mon père, en fait le seul qu’il utilise- Tu ne pouvais pas le dire plus tôt? J’ai fait les courses ce matin… »

    Alors messieurs, sachez que non, on ne peut pas prévoir la date de ses premières règles, ni des suivantes puisque le cycle met un certain temps à se régulariser.

    Mon père m’a ensuite emmenée acheter des serviettes hygiéniques. Il est allé au rayon presse pendant que je choisissais ma protection et est venu payer, évitant de toucher ou regarder le paquet de serviettes.

    Cela m’a fait me sentir mal. Si mal que jusqu’à il n’y a pas si longtemps, j’évitais d’aller à une caisse tenue par un homme si j’avais des protections menstruelles dans mon cadi!

    Alors si vous êtes père divorcé, ayez des protections hygiéniques chez vous et une poubelle dans vos toilettes pour votre fille. Si vous ne savez pas lesquelles prendre, demandez-lui. Il n’y a pas de mal à ce qu’un père parle de règles à sa fille!

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    • C’est fou ! Mon père était plus ou moins pareil. Père divorcé aussi, j’ai eu la joie de devoir vivre avec lui quelques années.
      Je me souviens (entre autre, parce que j’ai d’autres histoires sympas sur les achats de soutient-gorge…) m’être fait engueuler comme du poisson pourri en plein supermarché parce que j’avais besoin d’acheter des tampons ! « – ENCORE ? Mais tu fais quoi tu les manges ?! Ça coûte cher ces trucs-là économise les !  »
      Euuuuh ? Papa tu veux un dessin ? Et oui oui je dois en acheter tous les mois ou presque, et non non je ne peux pas les « économiser » (cte blague) …
      Heureusement je n’ai pas vraiment eu honte (c’était tout à fait normal et naturel pour moi d’avoir mes règles, je savais être dans mon bon droit) par contre j’ai eu très très envie de l’étrangler sur le coup et/ou de lui répondre de façon très acide…

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  8. je m’en souviens aussi, c’était en plein été au bled, j’étais dégoutée 😦
    j’avais 12 ans. je pleurais.
    mes soeurs elles, elles se foutaient de ma gueule en me disant  » ahhhhhhhh ça y tu fais partie du club pampers » 😀

    oui parce que petite j’étais une vraie jeniya avec mes grandes soeurs, quand elles avaient leurs règles je me foutais d’elles, en les appelant le club pampers, ou sinon je leur disait  » bein quoi qu’est ce qu’il y a, pb de fuites faut appeler mario bros…. »

    elles me l’ont fait payer les premiers temps, je l’avais bien mérité ….

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