Témoignages : Quelle relation entretiens-tu avec tes règles ? #2

Certain-e-s d’entre vous ont eu la gentillesse de me parler de la relation que vous entretenez avec vos règles – voici trois nouveaux témoignages sur ce thème.

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(Source : Loryn Brantz)

Après une première édition fort intéressante, je retournée fouiller dans les témoignages que j’ai reçus pour vous dégoter trois nouvelles réponses à la grande question « Quelle relation entretiens-tu avec tes règles ? », qui, personnellement, me fascine beaucoup tant les réponses diffèrent. Cette fois, ce sont les histoires de Perrine, Sophie et Célia qui sont à l’honneur – encore merci à elles pour leur participation !

1. « Je les regarde souvent pour m’assurer que la couleur est normale » – Perrine 

Je parle très facilement de mes règles. Je trouve ça naturel et je ne vois pas le mal d’en parler.

Je suis contente de les avoir car j’ai l’impression de repartir à neuf. Je les célèbre à chacune de leur arrivée car ça veut dire que je ne suis pas enceinte. Je les regarde souvent pour m’assurer que la couleur est normale, parfois quand il y a des gros débris j’analyse le truc. Je sens aussi .. ça peut paraître crado mais je trouve que ça sent pas si mauvais que ça.

Après ma relation avec mes règles est totalement différente depuis que j’ai arrêté la pilule. Je les sens beaucoup plus arriver, et globalement je suis plus à l’écoute de mon corps (qui ne supportait plus les hormones et qui m’a fait grave de la merde). Je ressens les règles comme une purge bénéfique.

En revanche, je suis beaucoup plus sujette aux sautes d’humeur. Je sais que certaines féministes n’aiment pas ce stéréotype de la fille qui change à cause de ses règles mais pour moi c’est tout à fait le cas. Je ne m’en sers pas comme excuses mais qu’on le veuille ou non mon caractère est hormonodépendant. Je trouve ça d’ailleurs ridicule de blâmer les gens qui affirment que les femmes sont différentes « sous règles »… C’est de la biologie ni plus ni moins : où serait le souci ? L’humeur est biologique, on est conçu comme ça et c’est d’ailleurs pourquoi je n’ai pas de tabou quant à mes règles.

Avant, elles me rendaient moins patiente, sensible et parfois monotone. Mais je sais qu’elles en sont la cause et ça me permet de relativiser. Quand je prenais la pilule j’étais beaucoup plus linéaire et avec du recul j’ai l’impression d’avoir été bridée artificiellement. Là je ressens les choses avec mes tripes, oui je chiale, oui je râle mais je suis MOI.

De même, depuis l’arrêt de la pilule, j’ai plus de douleurs mais j’ai l’impression d’être plus à l’écoute de mon corps.

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2. « Ça me bouffait une semaine chaque mois, c’était pas vivable » – Sophie 

Je vais sans doute parler de mes règles comme quelqu’un de décédé : j’ai un stérilet hormonal depuis 3 ans, donc plus de règles.

Les seules « histoires » dont je me souviens sont les scènes affreuses de douleur la nuit, de flaques de sang le matin, de tampons à changer toutes les deux heures : un calvaire. Je ne supportais plus mes règles, je devais sécher les cours une fois par mois car c’était trop douloureux. Je me souviens une fois être allée à l’hôpital car la douleur m’avait bloqué le bas du dos. Une catastrophe.

J’ai essayé de réguler ce cycle de la mort avec une pilule contraceptive. Mais je suis un gros boulet donc j’oubliais souvent de la prendre, après trois ans j’ai voulu en parler à mon médecin. Je voulais changer de méthode de contraception, quelque chose qui affecte mon cycle mais moins contraignant que la pilule. Mon médecin m’a simplement gratifié d’un « Mais non, tu ne l’oublieras plus, au revoir ! ».

Bon au final, j’ai déménagé à l’autre bout de la France pour mes études, j’ai rencontré mon copain actuel, j’ai pris rendez-vous chez un gynécologue pour faire une première visite et pour parler de contraception. Il fallait que je me débarrasse de cette pilule, bordel de bite. Il m’a très vite orientée sur le stérilet hormonal, car il a dû voir ma détresse par rapport à mes règles et à la pilule.

Maintenant je revis… C’est peut-être un peu dramatique, mais merde j’en pouvais plus. Ça me bouffait une semaine chaque mois, c’était pas vivable. Et sérieux ne pas pouvoir baiser pendant une semaine… S’IL VOUS PLAIT.

Oh tiens, une petite anecdote bonus : au collège, après un cours de français de deux heures, je me lève pour sortir de la classe : en me levant le sang bloqué depuis 2 heures a crié LIBERTÉ et ça a fait un bruit atroce. Un bruit de bulle qui éclate, de liquide qui coule à toute vitesse, de frout… une honte absolue.

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3. « J’aime regarder la quantité de sang perdue quand je me change » – Célia

J’en parle pas forcément avec les gens mais j’adore avoir mes règles, ça ne me gêne pas du tout. Question confort je préfère porter des tampons mais quand je porte des serviettes (qui sont de nos jours d’ailleurs très confortables) j’aime regarder la quantité de sang perdue quand je me change. Et si je suis chez moi je porte pas de protection, ça tombe quand je vais aux toilettes et je regarde aussi ce qui est tombé. D’ailleurs une fois le sang est tombé d’une belle manière dans l’eau et j’avais envie de prendre une photo et m’en suis empêchée.

J’ai en effet déjà senti mes serviettes, pour voir si tout allait bien. Je trouve qu’en général, quand on est propre l’odeur n’est pas désagréable (mais bon j’aime les odeurs corporelles, c’est une autre histoire) .

‎Quand je commence à être en PMS et que j’ai plus mal au ventre que d’habitude, quelque part je suis contente car je sais que je vais plus saigner que d’habitude. J’ai toujours aimé le sang, je ne sais pas si ça a un rapport avec ça. Ou alors ça vient de ce vieux mythe foireux que les règles nous ‘purgent’.

Aussi, avant de perdre ma virginité j’avais un hymen assez relou, du genre ‘criblé’, qui laisse passer les sécrétions mais rien d’autre. Du coup je n’ai pu mettre des tampons qu’a 16 ans et demi. Ça a donc fait 5 ans à vivre réellement avec mon sang et ma dentelle utérine (quel joli mot), à les voir tomber dans mes toilettes, sous ma douche, dans ma serviette. Peut être que ça m’a aidée à les aimer.

Dans ma vie personnelle je crois que j’aurais du mal à comprendre ma meuf ou mon mec s’il était dégoûté ou effrayé par les règles. J’ai de la chance ce n’est pas le cas, mon amoureux n’a aucun problème avec ça.

Bon ok, parfois elles m’énervent un peu quand elles tombent au mauvais moment genre à la plage ou en trek (salut le trek de trois jours dans la jungle pendant les menstrues, je me souviens de toi). Mais en général je les kiffe mes règles.

[Note de rappel pour les prochains témoignages : les femmes ne sont pas les seules à avoir leurs règles, certains hommes trans, ainsi que les personnes non-binaires, les ont également. Il est donc important de faire attention à son vocabulaire et à éviter de parler de « trucs de femmes », « comme toutes les femmes », « devenir une femme », etc… C’est la raison pour laquelle j’accorde systématiquement mes articles de façon mixte pour n’exclure personne. Malheureusement, dans le langage commun, cette notion n’est pas encore reconnue et nous sommes donc tous-tes habitué-e-s à voir les règles comme un « truc de meuf », alors que ça va au-delà de l’identité féminine.]

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3 réflexions sur “Témoignages : Quelle relation entretiens-tu avec tes règles ? #2

  1. Je suis contente qu’on parle des émotions dues aux règles. En ce qui me concerne je vais souvent avoir des jours avec des hauts très haut et des bas très bas juste avant, et j’en ai vraiment honte.

    J’ai honte parce qu’à chaque fois qu’on m’a dit « T’as tes règles ou quoi ? », pas si souvent que ça mais ça m’est arrivé, ca se trouvait dans cette période, et je ne savais pas quoi dire. J’avais l’impression qu’on avait deviné des choses de mon intimité. J’avais l’impression qu’aux yeux de la société, une part de mon corps de femme me rendait irrationnelle.
    Pourtant, je trouve que mes sautes humeurs ne sont pas toujours injustifiées.

    Au quotidien je me bride beaucoup, je laisse passer les choses qui me dérangent et je ne parle pas de que je ressens. Et parfois dans cette période qui me rend plus nerveuse je communique plus facilement là dessus.

    Une fois j’ai pris un contraceptif hormonal, et j’ai fait une petite dépression. Maintenant que j’y pense, peut être que c’était lié non seulement aux effets secondaires, mais aussi au fait que cette sensibilité révélée par mon cycle habituel n’a pas sut s’exprimer, et que je l’ai enfermé au fond de moi.

    Evidemment, c’est mon corps, je dois le gérer pour pouvoir vivre avec les autres, en société. Et je sais aussi controler mes émotions. Mais cette phrase, « T’as tes règles », comme je me sens insultée !

    Merci pour l’article !

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  2. Ju-, ton commentaire me fait penser à une anecdote amusante, qui m’est arrivée en première, au lycée ! J’étais en cours de sport et on avait fait de petits groupes de trois pour s’entraîner à l’ultimate. J’étais avec deux de mes meilleurs amis (deux mecs), et il se trouve que j’avais mes règles. On rigolait bien, on était particulièrement heureux ce jour-là, je ne sais pas. Et puis la prof nous a fait une remarque (elle en avait déjà fait à plusieurs personnes depuis le début du cours, et elle semblait énervée ce jour-là), et l’un de mes amis a dit, en ricanant : « elle, elle doit avoir ses règles ! ». Ce cliché m’a énervée, mais j’ai répondu, avec un grand sourire : « Ah, donc tu es en train de me dire que tu me trouves particulièrement désagréable aujourd’hui ? C’est dommage, j’avais pas l’impression, pourtant… »
    Ça l’a fait réfléchir, il s’est senti bête ! Petite victoire 😀

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  3. Je suis d’accord que c’est sympa de parler des émotions quand on a nos règles. Parce que personnellement, mes règles font que mon humeur est très changeante. Comme elles sont très douloureuses (je prend de l’Antadys et du Spasfon en combiné, parce que sinon je suis pliée en deux), je suis très fatiguée et donc forcément ça impact mon comportement.
    Petite anecdote : un jour on devait sortir avec mon chéri, et finalement, c’est annulé. Je me suis à pleurer toutes le larmes de mon corps, comme si on m’avait annoncé la fin du monde. Ça m’arrive toujours d’ailleurs et pour de petites choses, genre « il n’ont pas mon sandwich préféré ! ». En général, j’arrive à faire avec en public, mais à la maison ou avec mes amis, là je ne me retient pas et j’agis comme bon me semble.

    Sinon, j’en avais parlé un jour avec le père de mon meilleur ami, parce que je ne comprenait pas pourquoi, j’étais aussi sensible pendant mes règles (je n’avais pas encore eu le cours de SVT sur les hormones et le cycle). On a parlé et j’ai compris que pendant mes règles, l’équilibre hormonal de mon corps se modifiait et que ça pouvait impacter mon comportement. Il m’a en plus dit que pour lui c’était normal et que je n’étais pas une folle hystérique, parce que j’avais mes règles que j’étais de mauvaise humeur ou super enthousiaste. Du coup, j’ai beaucoup mieux vécu cette période.

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